Assimilation, Appréciation ou Appropriation culturelle

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Hey, 

Aujourd’hui je viens parler d’un sujet très délicat. Pour vous dire, cela fait trois ans que je réfléchis à écrire cet article. Comme d’hab, quand le sujet est assez touchy j’hésite souvent… Puis je vois un énième fait qui me pousse à écrire l’article sur un coup de tête.

Vous l’aurez compris dans le titre, on va parler d’assimilation, appréciation et appropriation culturelle. ATTENTION : dans cet article, je vais plus parler de la culture afro parce que c’est celle que je connais le plus. Et comme, je n’ai pas envie de parler de choses que je ne connais pas énormément, je préfère être très évasive sur les autres cultures. Bien sûr, les propos que j’avance, conviennent, selon moi, aussi bien pour toutes les communautés minoritaires du monde entier.

Si vous me suivez sur Instagram, et plus précisément, mes stories, vous savez que j’ai été interpellée par un article de Vogue qui en gros disait que Kim Kardashian avait remis les Crimped Hair au goût du jour. C’est une coiffure soit protectrice soit purement esthétique utilisée par les femmes noires. Ce sont des mèches « crantées » qui ressemblent le plus à des cheveux crépus. On les utilise aussi pour faire des Box braids . En effet, comme elles sont plus épaisses elle sont plus faciles à manier pour faire des tresses africaines.

appropriation culturelle

Comme je l’ai dit dans ma story, en parlant de « remise au goût du jour », Vogue nie complètement l’origine de cette coiffure. Alors qu’est-ce que c’est que l’appropriation culturelle ? Et pourquoi est-ce différent de l’assimilation ou l’appréciation culturelle ?

Appropriation culturelle 

On peut définir l’appropriation culturelle comme le fait qu’une communauté dominante emprunte les codes culturels d’une communauté minoritaire à des fins ludiques ou commerciaux, sans donner de crédit à la communauté instigatrice de ce dit code, ou sans même essayer de le comprendre.  Je m’explique. Désolée je vais encore citer les Kardashians mais ce sont les reines de l’appropriation culturelle. Quand Kim fait un tuto payant de braids collées sans expliquer la culture qu’il y a derrière cette pratique, c’est de l’appropriation culturelle. Et pire, maintenant on appelle ça les tresses à la Kim K. Quand Kylie Jenner met une perruque, c’est stylé, quand c’est une noire, on lui demande si elle des a cheveux en dessous. Quand c’est le carnaval et qu’on se déguise en Geisha ou en Amérindien (on a tous fait ça malheureusement), c’est de l’appropriation culturelle. Le fait d’utiliser la culture d’autrui pour se déguiser est très insultant. C’est peut-être compliqué à comprendre, je le conçois. Là où ça pose encore plus problème, c’est quand les populations minoritaires sont stigmatisées par leurs codes culturels.  Dreads, cheveux crépus, tresses collées etc. Cependant, quand ces mêmes codes sont adoptés par des personnes d’une communauté dominante, ceci est considéré comme « tendance ».

Un autre exemple, Marc Jacobs, qui lors d’un de ses défilés, fait des Bantu Knots à ses mannequins tous caucasiens. Et appelle ça « mini-buns ». Or, les Bantu Knots sont utilisées en Afrique depuis la nuit des temps. C’est une manière de protéger les cheveux crépus, très sensibles aux agressions extérieures. Cette coiffure maintient l’hydratation du cheveux crépus qui est très sec. Quand on lui fait la remarque il demande ce que l’on pense des femmes noires qui se lissent les cheveux. On en reparlera plus bas dans l’article.

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Qu’est ce qu’on appelle minorité ? Et pourquoi je parle de communautés ? 

Selon moi, une minorité c’est une population qui a subi et/ou subit encore une domination par une population dite dominante. Pourquoi je parle de communauté ? Je ne considère pas cela comme un terme péjoratif, loin de là. Il existe bel et bien des communautés, les français, les européens, les noires, les africains, les afro américains et j’en passe. Toutes ces communautés répondent à des codes culturels communs qui peuvent paraître étrangers à d’autres. On peut essayer de les gommer autant qu’on veut avec du blabla, elles existent. Et elles se reconnaissent entre elles. Par exemple, lorsque je vivais à Londres, j’ai rejoint un groupe  qui s’appelle les « Français à Londres ». On a les même codes et c’est peut être plus facile socialement de retrouver des membres de notre communauté lorsqu’on est à l’étranger. On se raccroche un peu toujours à ce qu’on connaît, non ? C’est exacerbé par le sentiment d’appartenance. Et cela n’empêche en aucun cas de se mélanger et d’appartenir à plusieurs communautés. Je considère pour ma part appartenir à différentes communautés : afro, gabonaise,  française, africaine, européenne, blogueuse (ça c’est très caricaturale mais vous avez compris ahah). Je ne me définis pas par une seule caractéristique.

Je reprends. Si une communauté minoritaire utilise des codes qui la stigmatisent et voient ensuite ces codes repris par une communauté dominante sans même essayer de leur donner du crédit, c’est de l’appropriation culturelle. L’appropriation n’est pas seulement vue dans des codes physiques. Elle peut également se retrouver dans la musique. Dans les années 60, les afro-américains étaient souvent bannis des radios pour leur musique étant considérée comme trop « sauvage » ou trop « sexuelle ». Ainsi des artistes comme James Brown ou encore Ray Charles, pour citer les plus connus, ont dû énormément se battre pour être reconnus en tant qu’artiste par les blancs. Là où c’était problématique à l’époque c’est que certains artistes blancs plagiaient littéralement des morceaux de blues, de jazz et de soul pour en faire du Rock & Roll. Et eux, passaient à la radio sans problèmes. Ils niaient complètement l’origine des chansons qu’ils chantaient. On est sur de l’appropriation culturelle pure et dure. Aujourd’hui, avec la mondialisation, la musique n’a plus de frontière et c’est plutôt bien. Un blanc peut faire du rap, comme un noir peut faire de la musique classique (caricatural encore une fois). J’ai même été agréablement surprise à The Voice quand une Strasbourgeoise, qui avait avait beaucoup voyagé en Mongolie, a repris un chant Mongol avec une voix qui donne des frissons. Ce que j’ai bien aimé c’est qu’elle comprenait exactement le sens de la chanson et son origine.

Là où ça pousse à la polémique c’est quand des chanteurs blancs et non issu de la culture hip-hop, comme Taylor Swift utilisent les codes du Hip-hop pour se trémousser dans des clips.  Quand c’est Nicki Minaj, qui utilise légitimement ces mêmes codes, elle est vulgaire ou trop « bling bling ». Le hip-hop est un style de musique contestataire dérivé du funk et de la soul entre autre, crée par les afro et latinos new-yorkais dans les 70s.

Mais alors, est-ce que si une personne non issue d’une communauté afro, se fait des box braids ou des tresses collées, c’est de l’appropriation culturelle ?

Eh bien, tout dépend de son état d’esprit, du crédit qu’elle accorde à la culture dont elle a emprunté les codes et du contexte. Si on reconnaît pleinement que les codes culturels qu’on utilise ont été empruntés et d’où ils viennent exactement, on est dans ce cas, dans de l’appréciation culturelle. (Comme la chanteuse de The Voice). Et ce n’est pas problématique. Le fait de s’approprier constamment une culture et de ne pas la reconnaître ou reconnaître que la communauté en questions subit des discriminations à cause de ces même codes, c’est ce qu’on appelle un privilège raciale.

Appréciation culturelle

La frontière peut être considérée comme mince entre appréciation et appropriation. Il y a une forme de respect dans l’appréciation culturelle. Par exemple, si on voyage dans un pays étranger et qu’il y a un certain code vestimentaire à adopter, c’est mieux de l’adopter en guise de respect. Pareil si tu te rends dans une mosquée, tu vas pas y entrer les cheveux au vent. L’adoption de ces codes dans des contextes tels que ceci, sont indispensables pour respecter les populations.  Voilà pour moi où est la frontière. Elle est dans le respect.

Assimilation culturelle

Une noire qui pose des tissages avec des mèches de type « caucasien » fait-elle de l’appropriation culturelle ? J’ai mis « caucasien » entre guillemets parce qu’il n’y a pas qu’un seul type de cheveux caucasien, bien évidemment. Chaque type de cheveux est différent. Revenons à nos moutons.

Comme vous le savez, il y a eu 400 ans d’esclavage sur les populations noires d’Afrique et même d’Asie pendant un certain temps. J’ai appris en Afrique du Sud que certains pays d’Asie comme l’Indonésie ont vu leurs populations déportées également pour être réduites en esclavage. Ce sont les esclaves oubliés. Mon dieu, je fais beaucoup d’apartés haha.

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Durant l’esclavage, les personnes aux descendances Afro étaient mieux considérées parmi les esclaves, si elles avaient des traits se rapprochant le plus des standards caucasiens. Peau claire, cheveux plus domptables que les cheveux crépus, pas de traits négroïdes etc. Ce sont des stigmates qui sont restés dans les communautés noires encore aujourd’hui. Il y a d’une part ce qu’on appelle le colorisme qui est le fait de préférer parmi une communauté à la peau mat, les personnes plus claires et dénigrer celles au teint plus foncé. On le voit par exemple avec les filles qui se dépigmentent la peau avec des crèmes pour s’approcher au plus des standards de beautés occidentaux. Cela est vrai en Afrique, en Inde, aux Antilles etc. Vous avez déjà vu des indiens au teint foncé dans les films Bollywood ? Non, on est d’accord. Pourtant en Inde, il y en a beaucoup des gens à la peau foncé. Les indiens à la peau plus claire sont clairement mis en avant. Comme si toute une autre partie de la société n’existait pas et qu’il fallait la cacher. Et puis il y a l’assimilation culturelle. Que ce soit au temps de l’esclavage, en trafiquant des passages de la bible ou dans notre société actuelle, on a fait comprendre à la femme noire qu’il fallait qu’elle corresponde le plus possible aux standards caucasiens. Comprenez, cheveux lisses, traits fins etc. Voilà pourquoi aujourd’hui, une femme noire qui se lisse les cheveux, qui fait un tissage mèche brésilienne ou que sais-je, ne peut pas être accusée d’appropriation culturelle. C’est une assimilation aux critères de beauté caucasiens qui sont aujourd’hui fortement ancrés dans les moeurs. Alors attention, aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’une noire se met une perruque blonde lisse, qu’elle veut ressembler à une blanche, c’est juste que c’est tellement ancré maintenant dans les moeurs de la communauté noire qu’on ne prête plus attention au pourquoi du comment, cela a commencé.

On peut se poser la question maintenant, si, avec la mondialisation et les nombreux échanges entre les cultures, tout ce qu’on fait maintenant n’est pas un peu de l’appropriation culturelle. Je pense personnellement qu’il y a différents degrés acceptable. Manger un Mafé ou un Bo Bun, c’est pas de l’appropriation si on doit prendre l’exemple de la nourriture. Et puis en général, tu sais d’où vient ce que tu manges. Et le plus souvent les spécialités sont mises en avant par les communautés elles-mêmes pour faire du profit. Mais après, ce n’est que mon avis.

Comme vous pouvez le constater, c’est un sujet très complexe. Chacun a son avis sur la question et je sais qu’il est très difficile de comprendre les points de vue des uns et des autres. Une chose est sûre, la culture, c’est ce qui fait la richesse d’une population et son identité. Si on lui enlève ça, qu’est-ce qui lui reste ?

 

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2 Commentaires

  1. mars 26, 2019 / 12:17

    Ton article est très bien rédigé comme je m’y attendais. C’est bien que tu aies parlé de l’appréciation culturelle et de l’assimilation aussi, c’est très important.

    Passe une bonne semaine !

    • shaaniceem
      Auteur
      mars 26, 2019 / 9:18

      Merci, ça me fait hyper plaisir. J’ai beaucoup aimé écrire cet article

      Bonne semaine à toi aussi.

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